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Perspectives

Services de surveillance et d'évaluation des inondations à plusieurs échelles pour l'Afrique de l'Ouest (MiFMASS)

Funmilayo Erinfolami

Le consortium CSSTE, l’un des bénéficiaires du programme « GMES & Africa Support Programme – Phase 1 », implanté en Afrique de l’Ouest, a identifié des lacunes en matière de gestion, surveillance et l’évaluation des inondations dans toute la région, lacunes qui pourraient être comblées grâce au projet « Services de surveillance et d’évaluation des inondations à plusieurs échelles pour l’Afrique de l’Ouest » (MiFMASS), utilisant les données Sentinel et d’autres données d’observation de la Terre librement accessibles.

L'utilisation des données d'observation de la Terre par satellite pour relever les défis sociétaux à l'échelle mondiale n'a cessé de gagner en importance, notamment dans le domaine de la surveillance, de la gestion et de l'atténuation des catastrophes. Il n’est donc pas étonnant que l’initiative conjointe de l’Union africaine (UA) et de l’Union européenne (UE), intitulée « Surveillance mondiale pour l’environnement et la sécurité en Afrique » (GMES & Africa), soit essentiellement axée sur l’utilisation des données d’observation de la Terre par les Africains, pour l’Afrique que nous souhaitons.

Pour faciliter cela, l'UE a offert un accès gratuit aux données et ressources de Copernicus afin de développer des applications, des services ou même d'adapter les services Copernicus existants pour répondre aux besoins de la région. Le consortium CSSTE, l'un des bénéficiaires de la phase 1 du programme de soutien « GMES & Afrique » et basé en Afrique de l'Ouest, a identifié des lacunes dans la gestion, surveillance et l’évaluation des inondations dans toute la région, lacunes qui pourraient être comblées grâce au projet « Services multi-échelles de surveillance et d’évaluation des inondations pour l’Afrique de l’Ouest » (MiFMASS), utilisant les données Sentinel et d’autres données d’observation de la Terre librement accessibles.

Au cours de la phase 1 du programme de soutien « GMES & Afrique », 12 consortiums répartis dans les cinq (5) sous-régions d’Afrique se sont vu confier la responsabilité d’élaborer des solutions utilisant des données d’observation de la Terre (EO) librement accessibles afin de relever les défis régionaux relevant de l’une des deux catégories thématiques suivantes : « Eau et ressources naturelles » et « Services maritimes et côtiers ». L’intervention du CSSTE s’inscrit dans la catégorie « Eau et ressources naturelles ». L’objectif général du projet MIFMASS est « d’améliorer l’efficacité de la surveillance, de l’évaluation et de la gestion des inondations en Afrique de l’Ouest en fournissant, en temps réel, des services basés sur l’observation de la Terre (OT) aux organismes de gestion des catastrophes et en renforçant leurs capacités humaines à s’adapter à ces services ». Le consortium CSSTE est composé de sept (7) institutions partenaires issues de cinq (5) pays d’Afrique de l’Ouest (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Ghana et Nigeria).

Les inondations en Afrique de l'Ouest constituent l'une des principales causes de problèmes socio-économiques. Les statistiques relatives aux inondations enregistrées entre 2000 et 2013 dans les cinq pays qui composent le Consortium montrent que 11 694 975 millions de personnes ont été touchées, avec 1 542 décès et environ 697 millions de dollars américains (rien qu’au Nigeria et au Burkina Faso) de biens et de moyens de subsistance détruits (rapport de la CEA de 2015). 

En 2018, la NADMO a indiqué que 32 personnes avaient trouvé la mort au Ghana à la suite d'inondations, et que plus de 100 000 personnes avaient été déplacées. Au Nigeria, la NEMA a recensé 141 369 personnes déplacées, 108 morts, 192 blessés et 13 031 habitations détruites dans 8 États. Pour le seul mois de juin 2018, l’Office national de la protection civile de Côte d’Ivoire a recensé jusqu’à 18 décès. La gravité croissante des pertes liées aux inondations, malgré les efforts déployés par les organismes compétents de la région, a rendu nécessaire le renforcement de ces efforts par le biais d’initiatives d’observation de la Terre (EO), afin de mettre en place des solutions plus efficaces pour lutter contre ce fléau.

Dans le cadre de ses efforts visant à atteindre l'objectif général, le consortium a développé avec succès des outils tels que l'application « Flood Reporter », une base de données actualisable sur les événements d'inondation, une base de données géospatiale, un ensemble d'outils d'évaluation des dommages causés par les inondations et un système de prévision des inondations et d'alerte précoce, afin de mieux gérer, surveiller et évaluer les inondations. Outre ces outils, le Consortium a également formé plus de 600 collaborateurs issus de diverses organisations nationales de gestion des catastrophes (DMO) de toute la région, afin de renforcer et d’améliorer les capacités d’un nombre critique d’experts africains à l’utilisation des données d’observation de la Terre (EO), dans le but de mieux remplir les missions et atteindre les objectifs institutionnels.

 La base de données actualisable sur les inondations, un outil novateur, a été conçue pour servir de référentiel unique regroupant les données régionales relatives aux inondations, compte tenu des difficultés inhérentes à l'accès aux données historiques et en temps réel sur ce phénomène. Elle constituera un outil très utile pour la prise de décision, la recherche et la gestion des catastrophes dans la sous-région de l'Afrique de l'Ouest. Il est bien connu que les pertes engendrées par les catastrophes ne se limitent pas aux répercussions socio-économiques et infrastructurelles, mais qu’elles ont également un impact considérable sur les vies humaines. Par conséquent, l’existence d’une base de données qui recense l’ampleur quantitative et qualitative d’un événement de crue constitue un outil précieux pour les organismes de gestion des catastrophes, les gouvernements et les organisations internationales, leur permettant d’apporter un soutien efficace aux zones touchées en cas de catastrophe. Les données enregistrées vont de la localisation géographique au type de catastrophe (par exemple, crue fluviale ou crue soudaine), en passant par le nombre de victimes et les dégâts en termes matériels et économiques. Cette base de données peut faciliter l’identification des zones à risque et la mise en œuvre d’interventions ciblées dans les pays concernés. Elle peut également contribuer à l’élaboration de cartes de vulnérabilité aux inondations à l’aide de couches spatiales représentant les facteurs susceptibles de contribuer à la survenue d’inondations. La conception de l’architecture de la base de données par le CSSTE a fait appel à des outils et bibliothèques open source pour l’ensemble du développement.

 Afin d’assurer une collecte continue de données permettant la mise à jour régulière de la base de données sur les inondations, et compte tenu du fait que les approches fondées sur les données (telles que l’analyse de données, l’apprentissage automatique, etc.) utilisées pour élaborer des mesures d’atténuation des inondations nécessitent un volume important de données historiques, une application « Flood Reporter » a été développée. Il s’agit d’une application intégrée, composée de composants mobiles et de services cloud, conçue à l’intention des organismes de gestion des inondations (DMO) et du grand public pour signaler les événements d’inondation. L’application a été déployée sur des tablettes personnalisées et distribuée aux organismes nationaux désignés dans les cinq pays participants de la sous-région afin de recenser les événements d’inondation en temps réel. La base de données évolutive permet une mise à jour continue des informations sur la plateforme par divers moyens : des données issues du crowdsourcing et des données collectées de manière professionnelle par les organismes nationaux désignés, auprès desquels le service est finalement hébergé.

 La base de données géospatiale constitue un autre outil très utile mis au point par le Consortium. Il s’agit d’une base de données en ligne complète regroupant toutes les couches spatiales téléchargées, prétraitées et générées dans le cadre du projet MIFMASS, qui couvre certains bassins versants au Ghana, au Bénin, au Nigeria, en Côte d’Ivoire et au Burkina Faso, et accessible sur www.gmes-mifmass.net. La base de données géospatiale est utile pour la cartographie des risques de catastrophe et l’ensemble du cycle de gestion des catastrophes. Elle comporte différentes couches spatiales telles que les limites des bassins, la géologie, les réseaux de drainage, le réseau routier, les sols, la topographie, l’occupation des sols et la couverture végétale, etc. Il s’agit d’une véritable mine d’informations que peuvent exploiter les pouvoirs publics, les entreprises et les organisations privées de divers secteurs afin de prendre des décisions éclairées.

 Un système de prévision des crues et d’alerte précoce a été mis en place en s’appuyant sur les bassins versants de cinq bassins sélectionnés dans la région : Ouémé, Ogun-Osun, Volta Noire, Nakanbé et Bonoumin-Palmeraie. Un module SMS a également été développé afin de transmettre en temps utile des alertes de crue aux personnes vivant dans des zones exposées aux inondations. Toutefois, l’accès aux données prévisionnelles gratuites sur les précipitations s’est avéré assez difficile, ce qui a empêché la mise en service complète de ce service. Le système a été validé avec succès à l’aide de données pluviométriques historiques. Il est recommandé aux pays d’investir dans l’entretien de stations météorologiques afin d’assurer l’acquisition de données locales in situ.

 Le module d’évaluation des dommages mis au point vise à évaluer l’impact des inondations en termes de dommages matériels et environnementaux pour chaque zone à risque identifiée dans les cinq pays concernés d’Afrique de l’Ouest. Dans ce module, différentes cartes des risques d’inondation représentant les routes, les bâtiments et les infrastructures critiques menacées ont été générées, ainsi que des cartes d’étendue des inondations et une analyse des coûts. Ces outils sont particulièrement utiles aux compagnies d’assurance et aux gouvernements pour indemniser les victimes de catastrophes liées aux inondations, ainsi que pour les efforts de reconstruction et l’évaluation des besoins. L’une des cartes d’étendue des risques d’inondation générées est présentée ci-dessous :

Tout au long du développement de ces différents outils, le Consortium a organisé sept formations sur mesure à l’intention du personnel concerné des organisations parties prenantes et partenaires, afin d’améliorer leurs compétences en matière d’utilisation des données d’observation de la Terre. Ces formations visaient également à susciter un sentiment d’appropriation et à garantir l’adoption de ces outils en les intégrant aux solutions existantes, afin de permettre à ces organisations de mieux remplir leurs missions institutionnelles.

Enfin, il ne suffit pas que ces outils aient été développés ; il est essentiel de mener un travail de sensibilisation à tous les niveaux de gouvernement afin de soutenir leur utilisation continue et réfléchie, et de veiller à ce que celle-ci s’étende à terme à l’ensemble de la région de l’Afrique de l’Ouest, dans le but de renforcer les stratégies d’atténuation des inondations. Les bases de cette démarche ont été posées à l’issue de la phase 1 du programme GMES & Afrique, lorsque ces outils ont été officiellement remis aux organisations mandatées et compétentes dans chacun des cinq pays partenaires du MIFMASS (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Ghana et Nigeria).

Le consortium CSSTE est composé de sept (7) institutions partenaires issues de cinq (5) pays d’Afrique de l’Ouest (le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Nigeria) qui ont collaboré à l’élaboration des outils présentés ci-dessus. Il s’agit de :

  1. Centre de formation aux sciences et technologies spatiales, Nigeria – Centre régional de mise en œuvre

  2. Institut supérieur d’études spatiales et de télécommunications (ISESTEL), Burkina Faso

  3. Autorité du bassin de la Volta (VBA), Burkina Faso

  4. Institut de recherche sur l'eau du CSIR (CSIR-WRI), Ghana

  5. Université du Ghana (Département des sciences de la Terre), Ghana

  6. Centre universitaire de recherche et d’application en télédétection (CURAT), Université Félix Houphouët-Boigny, Côte d’Ivoire

  7. Institut national de l'eau (NWI), Bénin

Ces outils, ces lettres d'information et bien d'autres ressources sont accessibles via le portail Web : www.gmes-mifmass.net.

Funmilayo ERINFOLAMI

Funmilayo est spécialiste des matériaux et de la météorologie spatiale. Elle fait partie du personnel scientifique du Centre régional africain pour l'enseignement des sciences et technologies spatiales en anglais (ARCSSTE-E), au Nigeria. Elle est membre du corps enseignant du programme de diplôme de troisième cycle de l’ARCSSTE-E. Elle a participé à des travaux de recherche allant de la conception et du développement de petits satellites à la coordination en cas de catastrophe.

Funmilayo a contribué à diverses initiatives de renforcement des capacités dans le cadre de projets collaboratifs menés en Europe et en Afrique. Elle est enseignante et se passionne pour l’enseignement des sciences spatiales. Elle a été désignée comme l’une des 13 femmes les plus influentes du secteur spatial africain. Elle est membre du comité du groupe de travail « L’espace au service de la santé » du Bureau des affaires spatiales des Nations unies (UNOOSA).

Elle a occupé les fonctions de secrétaire et de responsable de la communication au sein du consortium CSSTE, dans le cadre du programme « GMES & Africa Support », pour la mise en œuvre des services de surveillance et d'évaluation des inondations à plusieurs échelles en Afrique de l'Ouest (MIFMASS).

www.gmes-mifmass.net

twitter.com/csste3

twitter.com/vievesunville

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