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Perspectives

Évaluation du SIG au sein de l'écosystème spatial africain

Michael-Sam Vidza Jr.

Les systèmes et technologies d'information géographique en Afrique nécessitent deux infrastructures principales : des données spatiales et des infrastructures de télécommunications, afin de faciliter l'utilisation optimale des données pour l'élaboration des politiques, la gestion des ressources naturelles et la planification. Quelles sont les applications existantes en Afrique, et comment les SIG peuvent-ils être utilisés pour lutter contre les maladies ?

En août 2002, le monde entier s'est réuni en Afrique du Sud pour célébrer le 10e anniversaire de la Conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement (CNUED) de 1992, dont l'Agenda 21 constituait l'élément phare. L’Agenda 21 définissait des stratégies mondiales visant à assainir l’environnement après que diverses études eurent montré que celui-ci se détériorait rapidement et qu’il porterait préjudice aux êtres humains et aux animaux si le monde n’intervenait pas. L’Agenda 21 prévoyait également des mesures incitatives destinées à encourager les institutions à mettre en œuvre un développement environnemental et social. L’objectif du sommet organisé en Afrique du Sud était de « redynamiser les engagements mondiaux pris en 1992 et d’atteindre un niveau plus élevé de solidarité et de partenariat internationaux dans la promotion du développement durable » [1]. Les pays africains étant au cœur de ce sommet, le comité a chargé les nations africaines de mettre en œuvre l’utilisation des informations géographiques (données) dans le cadre de projets de développement durable. Cette mission a incité de nombreuses institutions africaines à commencer à envisager l’utilisation de données géographiques et à étudier des technologies potentielles telles que les systèmes de télédétection par satellite et les systèmes d’information géographique (SIG), qui se sont avérées apporter un soutien fiable aux décideurs.

L'Afrique compte des communautés de fournisseurs et de traitants de données, certes modestes mais en pleine expansion, à de nombreux niveaux. Ces communautés sont principalement animées par des partenaires internationaux, des universités, des entreprises privées et des agences spatiales gouvernementales étrangères. Le gouvernement américain, par exemple, fait partie de ces partenaires gouvernementaux étrangers et a mis en place un partenariat public-privé intitulé « Geographic Information for Sustainable Development » (GISD). Le GISD se concentre sur les régions africaines suivantes : le bassin du Haut-Niger en Afrique de l'Ouest, la région du Limpopo-Zambèze en Afrique du Sud-Est, ainsi que deux régions d'Afrique de l'Est (la région des Grands Lacs africains et la zone côtière du Kenya et de la Tanzanie).

En Afrique, l'information géographique nécessite deux infrastructures principales, à savoir les infrastructures de données spatiales et les infrastructures de télécommunications, afin de faciliter l'utilisation optimale des données. Selon le Comité fédéral des données géographiques (FGCD), l’infrastructure de données spatiales (IDS) est un « ensemble de politiques, de normes et de procédures dans le cadre desquelles les organisations et les technologies interagissent afin de favoriser une utilisation, une gestion et une production plus efficaces des données [géographiques] » [2]. Dans le rapport EIS-Africa 2002 [3], l’importance de l’IDS dans l’infrastructure de données géographiques africaine est décrite comme suit :

« La mise en place d’infrastructures destinées à l’utilisation des informations géographiques revêt désormais pour les pays africains une importance comparable à celle de la construction de routes, de réseaux de télécommunications et de la fourniture d’autres services de base. La justification des investissements dans les infrastructures d’information est analogue à celle des infrastructures physiques : la fourniture de nombreux autres services dépend de leur existence. Le développement rentable d’une infrastructure de données spatiales nécessite la mobilisation coordonnée des ressources et de l’expertise disponibles au sein de divers organismes publics, du secteur privé, des universités, des organisations non gouvernementales, ainsi que des instances régionales et internationales ».

On peut donc en déduire que l'SDI favorise l'accès aux données, leur utilisation et leur partage afin d'améliorer l'application systématique et précise des informations géographiques par les décideurs.

Le secteur des télécommunications en Afrique a connu une croissance spectaculaire au cours de la dernière décennie, avec un taux de croissance annuel composé (TCAC) moyen de 21 % et un chiffre d'affaires moyen de la téléphonie mobile s'élevant à 45 milliards de dollars américains, ce qui représente une contribution d'environ 4 % au produit intérieur brut (PIB) [4]. Les services de téléphonie fixe et mobile, les infrastructures informatiques, les infrastructures Internet et les médias constituent des outils indispensables à la diffusion des informations géographiques. On constate clairement que de nombreux pays africains traversent actuellement une phase de collecte de données géographiques déjà connue de nombreux pays développés, au cours de laquelle différents secteurs mènent des activités SIG sans coordination.

La valeur des systèmes d'aide à la décision spatiale (SDSS) dépend d'une information géographique bien coordonnée. La collecte de données géographiques à grande échelle ne suffit pas à elle seule à évaluer et à gérer le processus complexe du développement durable. Il est indispensable de disposer des capacités nécessaires pour évaluer les implications globales sur les questions environnementales, économiques, sanitaires et sociales auxquelles sont confrontés les décideurs politiques et les citoyens. Un exemple de SDSS est le SIG, tandis qu’ArcGIS, QGIS et MapInfo sont des applications (logiciels) utilisées pour exploiter les données géographiques collectées. Ces outils permettent aux décideurs d’établir des liens entre les données spatiales, de fusionner plusieurs couches spatiales et de réaliser des analyses prévisionnelles.

Exemples d'application des SIG en Afrique.

Les technologies de l'information géographique sont utilisées dans les pays africains et ailleurs, mais elles sont rarement mises à profit dans le cadre des activités courantes d'aide à l'élaboration des politiques, à la gestion des ressources naturelles ou à la planification. Examinons quelques applications régionales et locales du SDSS.

Le projet « Mapping Malaria Risk in Africa » (MARA) cartographie les zones à risque de paludisme à l'aide de données in situ et de modélisation spatiale afin de prédire la répartition géographique, la saisonnalité et l'endémicité de la maladie. Ce projet a été mené pour la première fois par le Conseil sud-africain de la recherche médicale entre 1996 et 1999. Le projet MARA bénéficie du soutien financier de la Fondation Bill et Melinda Gates [5].

L'une des menaces environnementales les plus répandues dans la région africaine est le feu. Le réseau Miombo, qui constitue un exemple de SDSS, a été créé afin de mettre en place un réseau régional dédié à la recherche environnementale sur le biome des forêts de miombo en Afrique australe. Ce réseau a intégré une approche de télédétection pour la détection et la cartographie des incendies, en utilisant le capteur MODIS embarqué à bord du satellite Terra de la NASA.

Diverses études menées dans le secteur des données spatiales au Ghana ont mis en évidence le manque de systèmes d'information dans le processus de prise de décision en matière d'environnement. Voici quelques-unes des raisons identifiées :

  1.    L'absence d'objectifs, de buts et de responsabilités clairement définis pour les organismes locaux chargés d'évaluer les données spatiales collectées.

  2.    L'accent est mis sur la production et la mise à jour des données plutôt que sur leur utilisation ou leur application.

  3.    Des systèmes de bases de données ou des centres ont été mis en place, mais sont sous-utilisés.

  4.    L'absence d'intégration des universités (établissements d'enseignement) dans le réseau environnemental réduit les possibilités de mener des projets de recherche.

En conclusion, malgré le développement des communautés, des conférences et des sommets consacrés aux SIG en Afrique, les hauts responsables (des secteurs public et privé) ne sont toujours pas suffisamment sensibilisés à la valeur de l’information géospatiale. Un modèle organisationnel fondé sur une forte interdépendance ne pourra voir le jour qu’avec un leadership solide. Les dirigeants doivent reconnaître que l’intégration des technologies géospatiales constitue un élément essentiel du développement national. Le SIG n’est toutefois pas une fin en soi, mais fournit une base précieuse pour des analyses plus approfondies.

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