Relever les défis du secteur agricole soudanais grâce aux Cubesats
Omer Mohamad
Jusqu’à la découverte du pétrole, qui a entraîné l’essor des services et des industries liés à l’exploitation et à l’exportation du pétrole, le secteur agricole était le secteur dominant de l’économie soudanaise. Aujourd’hui, le Soudan ayant perdu la majeure partie de ses ressources pétrolières en raison de la sécession du Soudan du Sud, le secteur agricole a retrouvé toute son importance. L’utilisation des CubeSats au Soudan contribuera en effet à résoudre des problèmes majeurs dans le secteur agroalimentaire et favorisera également la mise en œuvre des stratégies proposées par les autorités soudanaises.
Jusqu’à la découverte du pétrole, qui a entraîné l’essor des services et des industries liés à son exploitation et à son exportation, le secteur agricole était le secteur dominant de l’économie soudanaise. Aujourd’hui, le Soudan ayant perdu la majeure partie de ses ressources pétrolières en raison de la sécession du Soudan du Sud, le secteur agricole a retrouvé toute son importance. Selon les données fournies par la Division des statistiques des Nations unies, le secteur agricole représenterait 32 % de la valeur ajoutée brute et représentait 53 % de l’emploi au Soudan.
Le Forum de Khartoum sur l’aide alimentaire de 2006 a mis en évidence les contraintes qui pèsent sur les performances du secteur agricole au Soudan. L’absence de planification stratégique est le principal facteur à l’origine des problèmes rencontrés dans ce secteur depuis l’indépendance. De plus, la baisse de compétitivité due à une faible productivité et à des coûts de commercialisation élevés (Abbadi et Ahmed, 2006) a également eu un impact. Selon IndexMundi, un portail de données qui rassemble des faits et des statistiques et les met en perspective, la quasi-totalité des produits cultivés au Soudan présente un faible taux de productivité. Par exemple, la productivité du coton au Soudan en 2019 est estimée par le ministère américain de l’Agriculture à 653 kg/ha, contre 1 129 kg/ha en République arabe syrienne et 1 089 kg/ha en Tunisie. La littérature souligne que l’atteinte d’une production maximale dépend principalement des stratégies d’optimisation appliquées aux ressources, telles que l’eau d’irrigation et les engrais. L’allocation de ces ressources en fonction des besoins des plantes, notamment en matière d’utilisation de l’eau et de nutriments du sol, permet d’atteindre des niveaux de production optimaux et durables, et est considérée comme un facteur très important dans un pays comme le Soudan où les agriculteurs, en raison d’une forte inflation, disposent de ressources limitées à allouer à leurs exploitations. Par conséquent, des stratégies claires et fondées sur des données probantes sont essentielles pour maximiser les performances.
Au niveau national, il est important de disposer de données détaillées sur les terres agricoles et les projets agricoles, ce qui peut conduire aux changements de politique nécessaires pour garantir que le secteur agricole réponde aux attentes. C'est l'approche actuellement suivie par le ministère soudanais de l'Agriculture et des Forêts dans le cadre de son plan quadriennal visant à mettre en œuvre l'e-agriculture (« Stratégie soudanaise d'e-agriculture » 2018-2022).
Avec l'avènement des CubeSats, la télédétection spatiale devient plus abordable. Heureusement, de nombreuses initiatives existent désormais pour soutenir la technologie des CubeSats dans les pays en développement. En 1968, les Nations Unies (ONU) ont organisé la première d’une série de trois conférences mondiales sur l’utilisation pacifique des sciences et technologies spatiales, en mettant l’accent sur la participation des pays en développement. L’ONU soutient cette orientation, car elle offre la possibilité de réduire l’écart technologique entre les pays en développement et les pays développés, tout en maximisant les avantages mondiaux des applications des sciences spatiales (Othman, 2003). Grâce à des collaborations entre des instituts des pays développés et leurs homologues des pays moins développés, de nombreux pays en développement ont commencé à contribuer à la technologie des CubeSats.
Un exemple notable est celui d'un projet conjoint entre l'Allemagne, la Corée du Sud et le Pérou en 2008, qui a conduit le Pérou à lancer son premier satellite, le CubeSat Chasqui-1 (Wan et al., 2010). Les CubeSats facilitent la collaboration mondiale entre les pays, car ils sont conçus pour être plus économiques que les satellites classiques et peuvent être déployés par lots, ce qui réduit considérablement les coûts de lancement. De plus, de nombreuses organisations spatiales financent des projets de CubeSats, allant des essais et du développement des charges utiles de ces derniers à leur lancement dans l’espace, voire à un soutien complet visant à raccourcir le cycle de développement. Cela offre aux jeunes chercheurs des opportunités de contribuer à la recherche spatiale. Grâce au financement des collectivités locales et des organisations internationales, et compte tenu de la facilité d’acquisition des composants COTS des CubeSats ainsi que du coût relativement faible de la conception, de la construction, du lancement et de l’exploitation de ces petits satellites, il est possible de s’attaquer à des problèmes tels que la pollution, la gestion de l’environnement, l’utilisation des ressources naturelles, les applications météorologiques et climatiques, l’agriculture, ainsi que l’aménagement du territoire urbain et rural.
Solutions CubeSat au Soudan
L'utilisation des CubeSats au Soudan contribuera en effet à résoudre des problèmes majeurs dans le secteur agroalimentaire et favorisera également la mise en œuvre des stratégies proposées par le ministère soudanais de l'Agriculture et la FAO (« Stratégie soudanaise en matière d'e-agriculture.pdf » 2018-2022).
La télédétection à l'aide de CubeSats, qui consiste à installer des instruments de mesure afin de surveiller certains comportements ou phénomènes à grande échelle, constitue la principale application des CubeSats depuis 2014 (Villela et al., 2019). Cette section abordera les applications de télédétection susceptibles de répondre aux enjeux agricoles au Soudan, à savoir l'évaluation de la fertilité des sols, l'irrigation et la surveillance de la santé des végétaux.
Irrigation et utilisation de l'eau
Le secteur agricole soudanais peut être divisé en deux branches principales : l’agriculture pluviale et l’agriculture irriguée. Sur les 1,09 million de km² de terres propices à l’agriculture, la superficie totale irriguée s’élève à environ 195 000 km², ce qui correspond aux six projets agricoles gérés par le gouvernement et le secteur privé au Soudan. En 2009, un rapport d’étude sur les utilisations de l’eau à des fins agricoles dans le bassin du Nil a montré que les projets modernes et gérés par le secteur privé de Sennar-Ouest et de New Kenana affichent de bons résultats en matière d’irrigation, mais ne semblent pas viables à long terme ; tandis que les projets d’El Gezira et de Kassala présentent de faibles performances d’irrigation (Nil, 2009). Dans l’ensemble, le Soudan a fait apparaître des différences considérables en matière de performances d’irrigation entre les LSI.
Afin de remédier à ces problèmes liés à l’insuffisance des systèmes d’irrigation, une analyse SWOT a été réalisée dans le cadre du Plan national d’investissement agricole du Soudan (SUDNAIP) 2016-2020. L’une des principales opportunités réside dans le Plan soudanais pour l’e-agriculture, grâce auquel le développement des technologies de l’information et de la communication (TIC) peut contribuer à la réalisation de la vision agricole et des objectifs de développement du pays. Dans ce contexte, le terme « TIC » est utilisé comme un terme générique englobant l’ensemble des technologies de l’information et de la communication, y compris les appareils, les réseaux, les services et les applications ; celles-ci vont des technologies innovantes de l’ère d’Internet et des capteurs à d’autres technologies qui existent depuis bien plus longtemps, telles que les téléphones, les téléphones portables, la télévision, la radio et les satellites.
La réalisation des objectifs de développement des TIC grâce aux technologies CubeSat constitue une stratégie très prometteuse. Les techniques utilisées pour optimiser l’irrigation à l’aide des CubeSats sont diverses. L’une d’entre elles consiste à mesurer le stress hydrique, c’est-à-dire le stress subi par la plante dans des conditions environnementales où la quantité d’eau transpirée par celle-ci est supérieure à la quantité qu’elle absorbe. En fonction du stress hydrique de la culture mesuré par le CubeSat, il est possible de définir un programme d’irrigation optimal. La planification de l’irrigation consiste à déterminer la fréquence et la durée appropriées de l’arrosage des plantes.
Outre leur rôle dans la détermination d’un calendrier d’irrigation optimal, les données des CubeSats permettent également de diviser les terres du projet en zones spécifiques, chacune dotée d’une stratégie d’irrigation adaptée (Veysi et al., 2017). L’un des outils les plus précieux utilisés pour estimer le stress hydrique et planifier l’irrigation est l’indice de stress hydrique des cultures (CWSI). En règle générale, les mesures du CWSI sont effectuées manuellement sur le terrain, mais ce processus est coûteux, chronophage et ne permet généralement pas de couvrir l’ensemble du champ (Erdem et al., 2005).
De nombreuses méthodes sont utilisées pour détecter le stress à l’aide du CubeSat. Par exemple, un capteur infrarouge à ondes moyennes (MWIR) constitue une option appropriée, comme l’a démontré le CubeSat OUFTI-NEXT de l’Université de Liège (Werner et al., 2018). Le capteur MWIR peut être facilement intégré au CubeSat et offre de nombreux avantages par rapport aux autres solutions. La double composition du signal du capteur lui permet d’effectuer des mesures de jour comme de nuit, respectivement via la lumière réfléchie ou le signal d’émission thermique. Le mécanisme utilisé par OUFTI-NEXT est assez simple : une plante qui manque d’eau ferme ses stomates (petites ouvertures à la surface des feuilles) ; ces stomates échangent de la vapeur d’eau avec l’atmosphère, ce qui entraîne la transpiration des plantes (la transpiration est essentielle pour maintenir une température idéale à la croissance). Lorsque les stomates sont fermés, les plantes chauffent le capteur MWIR, ce qui est un signe de stress hydrique.
Fertilité des sols
Comme l’ont décrit Changwon et Jianmin, la fertilité du sol peut être définie comme la capacité du sol à permettre la croissance et le développement durables des plantes ; elle peut généralement être évaluée en fonction de diverses propriétés, telles que la teneur en matière organique, la teneur en minéraux et l’humidité du sol (Du et Zhou, 2009). Traditionnellement, la cartographie de ces propriétés s’effectue à l’aide de méthodes en laboratoire, dans le cadre desquelles des échantillons sont prélevés dans le sol et leurs caractéristiques physiques et chimiques sont analysées en laboratoire. Cependant, cette approche est généralement chronophage, en particulier lorsqu’il s’agit d’une évaluation à grande échelle. Une alternative consiste à recourir aux technologies de télédétection, généralement par le biais de la spectroscopie. Cette section abordera la télédétection du sol depuis l’espace, en particulier l’utilisation des CubeSats pour mesurer la teneur en matière organique et l’humidité du sol, ces facteurs jouant un rôle important dans le cadre de l’analyse de la fertilité du sol.
1 - Teneur en matière organique du sol
La spectroscopie des sols consiste à étudier les ondes électromagnétiques réfléchies par le sol afin d’en estimer les caractéristiques. Dans le cadre d’applications à distance, une plateforme est équipée d’un dispositif d’imagerie spectrale et est pilotée à distance. L’une des caractéristiques importantes de l’imagerie spectrale est la résolution spectrale, c’est-à-dire la capacité à distinguer différentes bandes de longueurs d’onde. Plus un capteur est capable d’identifier de bandes, plus sa résolution spectrale est élevée. Sur la base de cette caractéristique, on peut classer les capteurs spectraux en deux catégories : les capteurs multispectraux, dont le nombre de bandes identifiables se situe généralement entre 3 et 10, et les capteurs hyperspectraux, capables de détecter des bandes encore plus fines.
David J. Mulla, dans sa rétrospective sur 25 ans de la télédétection appliquée à l'agriculture de précision (Mulla, 2013), a mis en avant la toute première application de la télédétection, réalisée en 1991, dans le cadre de laquelle des images Landsat ont été utilisées pour estimer la répartition spatiale de la matière organique du sol (Bhatti et al., 1991), puis utilisées comme données complémentaires, associées à un échantillonnage par parcelle, pour estimer la répartition spatiale du phosphore et le rendement en grains de blé (Mulla et Bhatti, 1997).
Les CubeSats présentent un potentiel considérable dans les applications de télédétection des sols par rapport aux satellites de plus grande taille, grâce à leur haute résolution spatiale, à leur temps de revisite court et à leur capacité à former des constellations de CubeSats, fournissant ainsi des informations détaillées sur un site à partir de plusieurs capteurs. Par exemple, en 2019, une étude a été menée afin d’évaluer la mesurabilité du carbone organique du sol à l’aide de plusieurs capteurs multispectraux, notamment des capteurs spatiaux (les satellites Sentinel-2 et Landsat-8 ainsi qu’un CubeSat PlanetScope), un système aérien sans pilote (UAS – Parrot Sequoia), ainsi que les capteurs hyperspectraux CASI et SASI, utilisés comme source de données de référence (Žížala et al., 2019). L’une des conclusions importantes de cette étude est que tous les capteurs spatiaux ont démontré des capacités de prédiction similaires, bien que le CubeSat PlanetScope présente une résolution spectrale limitée (4 bandes spectrales) par rapport à Sentinel-2 (10 bandes spectrales) et à Landsat-8 (8 bandes spectrales). L’étude a mis en évidence le fait que le drone (UAS) Parrot Sequoia présentait des performances de prédiction inférieures à celles des capteurs spatiaux, bien qu’il soit l’alternative recommandée dans cette étude en raison de son avantage en termes de coût nettement inférieur. Il convient également de noter les travaux menés par Gerald, Daniel, Sibylle et Gird (Blasch et al., 2015), qui visaient à utiliser l’analyse multitemporelle des motifs de sol pour détecter la matière organique du sol via l’analyse de séries chronologiques RapidEye et la modélisation de données spatiales SIG, ce qui a abouti à une erreur de prédiction de 1,4 % pour la principale plage de valeurs de matière organique sur le site d’étude.
2 - Humidité du sol
Traditionnellement, la mesure de l'humidité du sol s'effectuait par radiométrie. Ce type de mesure pouvait être « actif », la plateforme de mesure étant alors équipée d'un émetteur et d'un récepteur pour détecter la réflectance des faisceaux émis, ou « passif », dans lequel seul un récepteur est utilisé pour détecter les ondes émises naturellement par les objets ou la réflectance des signaux provenant d'émetteurs distants. Daniel et David ont souligné dans leur étude (Selva et Krejci, 2012) que la télédétection active posait d’importants défis quant à sa mise en œuvre sur les CubeSats, en raison des contraintes de taille et de consommation d’énergie. Pour surmonter cette difficulté, des travaux de recherche récents ont exploité les signaux satellitaires disponibles et mesuré la réflexion de ces signaux à des fins diverses. Cette approche est connue sous le nom de « télédétection par signaux d’opportunité » (SoOp).
L'équipement des CubeSats d'antennes micro-ondes en bande L permet de détecter l'humidité du sol. Par exemple, la mission FSSCAT consiste en une constellation de deux CubeSats 6U ; le premier, 3CAT-5/A, embarque une charge utile flexible à micro-ondes comprenant un instrument GNSS-R et un radiomètre passif en bande L, tandis que le second, 3CAT-5/B, est équipé d'un imageur hyperspectral comportant 45 bandes spectrales comprises entre 400 et 1 000 nm (Camps et al., 2018). L’un des objectifs de la mission est de fournir des mesures de l’humidité du sol en combinant la radiométrie en bande L et les données hyperspectrales (Munoz-Martin et al., 2020). D’autres fréquences radio peuvent également jouer un rôle dans l’humidité du sol. Par exemple, une étude (Joseph et al., 2016) a été menée afin de concevoir des antennes radio VHF (très haute fréquence, entre 240 et 270 MHz) pour des plateformes CubeSat 6U. Cette recherche vise à exploiter les émetteurs satellitaires existants, dits « émetteurs d’opportunité », en particulier le programme UHF Follow-On du système de communication par satellite militaire (MilSatCom), afin de mesurer l’humidité du sol en surface (SM) et l’humidité du sol dans la zone racinaire (RZSM). L’étude souligne le fait que l’observation actuelle de l’humidité du sol de surface (SM) à l’aide de radiomètres et de radars en bande L (respectivement 1,4 et 1,26 GHz) est limitée par la capacité de pénétration de ces fréquences. Par conséquent, il n’est possible de télédétecter que l’humidité du sol de surface, tandis que les profondeurs plus importantes ne peuvent être estimées qu’indirectement à l’aide d’algorithmes d’extrapolation sophistiqués. En revanche, avec la bande VHF (longueur d’onde de 1,2 m et fréquence de 250 MHz), le potentiel de pénétration augmente, ce qui permet de mesurer directement l’humidité du sol de surface jusqu’à celle de la zone racinaire (RZSM). Enfin, des recherches récentes ont démontré qu’il est possible d’intégrer des radiomètres passifs dans des CubeSats de plus petite taille, pouvant aller jusqu’à 1U (Fernandez et al., 2020), ce qui les rend considérablement moins coûteux.
Santé des végétaux
Le terme « santé des végétaux » est largement utilisé dans les domaines de l’économie et de l’agriculture, car il s’agit d’un facteur extrêmement important pour la durabilité, la sécurité alimentaire et la protection de la biodiversité de l’écosystème. Il désigne la capacité d’un végétal à croître et à produire malgré les maladies et les stress environnementaux. Afin d’optimiser la production agricole, il est possible de surveiller les propriétés biophysiques et biochimiques, car celles-ci jouent un rôle essentiel dans l’étude du comportement écologique et météorologique de diverses plantes ; elles définissent ainsi la santé des végétaux et permettent une estimation fiable de la production.
L'imagerie hyperspectrale est l'une des technologies pouvant être utilisées pour surveiller la santé des végétaux ; elle est désormais possible sur les CubeSats grâce aux progrès réalisés dans les procédés de fabrication. L’utilité de la télédétection hyperspectrale a été démontrée dans une étude menée dans la région himalayenne indienne, où cette technique est utilisée pour cartographier et distinguer la couverture végétale de la région, car elle permet de cartographier les classes de végétation parmi les différentes classes de terrain, et qu’elle offre également la possibilité de distinguer les différentes classes de végétation entre elles, ainsi que d’identifier les maladies au sein d’une même classe (Upadhyay et al., 2019). Le principe fondamental de cette étude repose sur les spectres de réflectance des plantes. Il est bien connu que différentes surfaces réfléchissent et absorbent le rayonnement électromagnétique solaire de différentes manières ; les propriétés physiques et chimiques de la surface déterminent la façon dont celle-ci réfléchit l’énergie. Pour une longueur d’onde donnée, différentes surfaces réfléchissent des quantités d’énergie différentes dans différentes parties du spectre, ce qui permet d’identifier les caractéristiques de ces surfaces. Dans le cadre de l’étude menée dans l’Himalaya indien, les spectres de réflectance de 11 espèces ont été analysés. Il a été observé que les différentes espèces d’arbres présentent la même nature de réflectance spectrale, mais qu’elles sont distinguables en raison d’une forte variation d’amplitude.
Le traitement des données constitue le principal défi lié à l’utilisation de la réflectance spectrale pour déterminer les propriétés de la couverture végétale. Il nécessite en effet toujours l’existence d’une bibliothèque de référence permettant de comparer les données acquises. Par conséquent, le développement de cette bibliothèque revêt une importance cruciale et des efforts considérables doivent être déployés pour fournir des mesures in situ concernant diverses plantes. Cependant, grâce aux progrès réalisés dans le développement de radiomètres spectraux capables de mesurer, dans une bande passante très étroite, du spectre ultraviolet jusqu’à l’infrarouge à ondes courtes, la création de cette bibliothèque numérique devient plus aisée et constitue désormais un domaine d’intérêt pour les chercheurs du monde entier. L’utilisation de CubeSats pour fournir des données hyperspectrales permettra de déterminer l’état de santé des plantes et contribuera à l’améliorer en sélectionnant la méthode et le moment appropriés pour la fertilisation.
Situation actuelle du secteur spatial au Soudan
L'utilisation des techniques de télédétection avec les CubeSats nécessite des efforts considérables et de solides bases dans les domaines concernés. En ce qui concerne la télédétection au Soudan, les premières initiatives notables remontent aux années 1970, avec la création du Centre national de télédétection, dont l’objectif était de définir des politiques en matière de technologie spatiale, de mener des recherches et des études, et de mettre en œuvre des actions de renforcement des capacités. En ce qui concerne la recherche sur les CubeSats, trois institutions méritent d’être mentionnées.
Le premier est le Centre de recherche spatiale de l’Université de Khartoum (UofKSRC), créé en décembre 2014 afin de chapeauter l’ensemble des entités impliquées dans la recherche dans les domaines liés à l’espace au sein de l’université. L’UofKSRC est l’institut le plus actif dans ce domaine ; il a conçu, fabriqué et testé avec succès deux prototypes au sein du centre de recherche, conformément à la norme internationale CubeSat. Par ailleurs, une station au sol pleinement opérationnelle est installée à l’UofKSRC ; elle assure le suivi et le contrôle d’autres satellites et CubeSats. Cette station au sol participe activement à la réception de nombreuses balises et données de télémétrie provenant de CubeSats et a été l’une des premières stations au sol au monde à recevoir certaines de ces données satellitaires.
La deuxième initiative est l'Institut de recherche spatiale et aérospatiale (ISRA), qui fait partie des instituts relevant du Centre national de recherche. Il a été créé en 2013 afin de nationaliser la recherche et le développement dans les différents domaines des sciences spatiales et des technologies aérospatiales au Soudan.
La troisième initiative est l'Institut Kush des technologies spatiales, créé en 2000 sous le nom de Centre des technologies spatiales (STC). En mai 2012, le STC a été rebaptisé Institut Kush des technologies spatiales (KIST) afin d’élargir ses missions et ses activités, de sensibiliser davantage la population aux sciences et technologies spatiales, et de mettre en œuvre des projets et programmes nouveaux et émergents liés à l’espace au sein de l’Université du Futur et auprès de ses partenaires internationaux.
En ce qui concerne le secteur spatial commercial, le Centre de technologie spatiale Ceres (CSTC) a été fondé en 2008 en tant que centre spécialisé dans les technologies spatiales. Le CSTC fait partie du Comité national soudanais pour l'espace (SACS). Grâce à sa station au sol, le CSTC fournit des services d’imagerie par satellite, ainsi que des activités de recherche et de formation en sciences spatiales et en ingénierie satellitaire.
Perspectives d'avenir
L’UofKSRC, l’Institut Kush des technologies spatiales, l’ISRA et le CSTC ont mené des travaux considérables dans le domaine spatial et ont jeté les bases de la recherche sur les CubeSats agricoles. De nouveaux efforts de recherche, menés individuellement ou dans le cadre d’une collaboration entre ces institutions, peuvent se concentrer sur des projets de recherche spatiale liés au secteur agricole.
À titre d’exemple, dans un premier temps, elles pourraient consister à recourir à des services commerciaux de CubeSats offrant une haute résolution spatiale et des données denses, tels que les projets « Rapid Eye » et « Planet Scope », en association avec d’autres sources de télédétection spatiales gratuites comme Landsat, afin d’obtenir des données en temps réel sur l’utilisation de l’eau. Ces services peuvent être appliqués aux projets modernes et gérés par le secteur privé de West Sennar et du nouveau Kenana afin d’obtenir des résultats durables en matière d’irrigation à long terme. De plus, les systèmes d’El Gezira et de Kassala présentent actuellement de faibles performances en matière d’irrigation. L’utilisation de ces technologies contribuera à optimiser ces systèmes. Par la suite, les instituts de recherche spatiale soudanais pourront également lancer des CubeSats dédiés, axés sur le Soudan, fournissant davantage de données avec des intervalles de revisite courts, ce qui permettra d’atteindre les objectifs susmentionnés avec de meilleurs résultats.
Les projets de recherche proposés visent l’un des objectifs de la stratégie « E-Agriculture », à savoir la disponibilité des données agricoles au Soudan. L’absence de données statistiques constitue un problème au Soudan depuis son indépendance. Bien que la demande mondiale de données ait considérablement augmenté, on peut affirmer que les efforts déployés en matière de numérisation et de disponibilité des données au Soudan sont négligeables. Par conséquent, les CubeSats sont indispensables pour fournir des données numérisées aux économistes et aux décideurs politiques, et constituent un élément crucial du processus de prévision et de prise de décision.
Outre les orientations susmentionnées, le lancement de tels projets et initiatives permettra d'élargir le champ d'application de l'ingénierie spatiale au Soudan et d'optimiser l'utilisation des centres de recherche spatiale de l'université de Khartoum, de l'université Future, ainsi que du Centre de technologie spatiale Ceres et de l'ISRA. La conduite des recherches liées au projet E-Agri peut déboucher sur des plans précis quant à la manière d’améliorer ces centres de recherche et au type de formation dont leur personnel a besoin. Elle peut également attirer de nouveaux budgets et investissements qui profiteront tant aux centres de recherche qu’aux investisseurs. De plus, cela pourrait ouvrir de nouvelles perspectives quant à l’utilisation des CubeSats dans des domaines autres que l’agriculture. La recherche minière et géologique, par exemple, présente des résultats prometteurs dans cette voie.
Omer Mohamad
Omer est ingénieur en mécanique et se passionne pour la conception et la construction de systèmes électromécaniques. Il prépare actuellement un master en mécatronique dans le cadre du programme Erasmus Mundus.
Il manifeste un vif intérêt pour l'ingénierie de contrôle et participe à la conception et à la construction de plusieurs systèmes différents liés à la robotique et aux CubeSats.
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