Analyse critique du développement du secteur spatial en Afrique – 3e partie
Nicholas Borroz
Lorsque les gouvernements africains élaborent des initiatives visant à développer les secteurs spatiaux nationaux ou régionaux, les parties prenantes doivent garder ces différences à l’esprit afin d’évaluer ces initiatives d’un œil critique. Comment les pays africains peuvent-ils structurer leurs propres programmes spatiaux en s’appuyant sur ces approches pour favoriser le développement de leurs pays ? Comment les pays africains peuvent-ils tirer le meilleur parti des technologies spatiales ?
Les gouvernements africains seront probablement influencés par la tendance observée à l'échelle mondiale, qui voit les gouvernements intervenir de plus en plus pour développer leurs secteurs spatiaux nationaux. Ils devraient toutefois examiner attentivement leurs stratégies d'intervention avant de s'y engager. Les parties prenantes, quant à elles, devraient évaluer de manière critique les initiatives gouvernementales ; elles devraient examiner dans quelle mesure ces initiatives s’alignent sur leurs propres objectifs, puis réagir en conséquence. Une façon d’aborder de manière critique les initiatives de développement du secteur spatial consiste à se demander si celles-ci « facilitent » ou « orientent » l’activité du marché. Ces deux approches comportent des conséquences potentiellement positives et négatives. Les parties prenantes peuvent mieux évaluer la manière de réagir aux initiatives de développement du secteur spatial si elles examinent dans quelle mesure ces initiatives « favorisent » ou « orientent » l’activité du marché.
Vous trouverez ci-dessous la troisième partie d'un article en trois parties consacré à ce sujet. Pour lire la suite de cet article, veuillez consulter la première partie ici et la deuxième partie ici.
Une analyse critique des initiatives de développement du secteur spatial en Afrique
Lorsque les gouvernements africains élaborent des initiatives visant à développer les secteurs spatiaux nationaux ou régionaux, les parties prenantes doivent garder ces différences à l'esprit afin d'évaluer ces initiatives d'un œil critique.
Il est difficile d’illustrer de manière abstraite comment appliquer cette perspective ; c’est pourquoi un exemple concret sera présenté ci-dessous. Avant de vous lancer dans cet exercice, il convient toutefois de garder à l’esprit qu’il existe de nombreux types de parties prenantes et de nombreuses initiatives de développement. Les parties prenantes peuvent, par exemple, inclure des décideurs politiques, des entreprises, des organisations à but non lucratif et des chercheurs. Les initiatives de développement, quant à elles, peuvent prendre des formes très variées. Elles peuvent se dérouler à l'échelle locale, nationale ou régionale. Elles peuvent être spécifiques (par exemple, l'enseignement de l'astronomie dans une province donnée) ou de grande envergure (la création d'une agence spatiale internationale).
Pour illustrer la manière dont cette perspective critique pourrait s’appliquer, prenons le cas hypothétique d’un décideur politique dans un pays dont le nom n’est pas mentionné. Ce pays s’apprête à mettre en œuvre un programme visant à attribuer des marchés à des entreprises chargées de fournir des composants de capture d’images pour un nouveau satellite d’observation de la Terre. Ces contrats sont lucratifs, et les entreprises sont donc incitées à se faire concurrence pour démontrer leur capacité à fournir ces composants. Il est important pour le décideur politique que le satellite comporte un certain pourcentage de composants fabriqués localement et qu’il commence à fournir des données dans les plus brefs délais ; ces données serviront à aider les agriculteurs locaux à améliorer le rendement de leurs activités agricoles.
En réfléchissant aux conséquences potentielles de cette initiative typiquement « orientatrice », le décideur politique estime que ses effets positifs se traduiront par un développement rapide de l’expertise dans un domaine spécifique, à savoir les composants satellitaires. Il existera également une complémentarité évidente entre cette expertise en matière de composants et les activités commerciales en cours dans le secteur agricole, puisque les composants destinés à la collecte d’images visent à aider les agriculteurs. En revanche, parmi les conséquences négatives de cette initiative figureront un frein à l’esprit d’entreprise, une dépendance vis-à-vis de la demande publique en composants d’imagerie de fabrication nationale, ainsi qu’une vulnérabilité des sous-traitants face aux changements de politique budgétaire. Le décideur politique tient avant tout à mettre en avant la manière dont la technologie produite localement aide les agriculteurs à améliorer leur rendement. À ce titre, il décide de continuer à soutenir l’initiative. Parallèlement, il commence toutefois à réfléchir à des moyens de modifier l’initiative afin de minimiser les conséquences négatives.
Le scénario hypothétique ci-dessus n’est qu’un exemple parmi d’autres illustrant comment une partie prenante peut envisager les approches dites « d’accompagnement » et « d’orientation » de l’intervention publique afin de mener une réflexion critique sur les initiatives de développement du secteur spatial en Afrique. D’une manière générale, toutefois, le processus reste similaire, quel que soit le contexte. Les parties prenantes doivent examiner une initiative donnée à la lumière des six conséquences suivantes. Les parties prenantes doivent évaluer ces conséquences et les comparer à leurs propres objectifs. Elles doivent ensuite agir de manière éclairée sur la base de cette évaluation. Dans certains cas, cela peut modifier radicalement leur ligne de conduite, tandis que dans d’autres, cela peut ne rien changer.
Il existe de nombreuses autres façons d’évaluer de manière critique les initiatives de développement du secteur spatial. Jusqu’à présent, par exemple, cette réflexion a supposé que la corruption ne constituait pas un problème majeur. Ce n’est manifestement pas le cas dans de nombreux pays d’Afrique (ni dans le reste du monde, d’ailleurs). La corruption, ainsi que d’autres problèmes qui influent sur les conséquences des initiatives gouvernementales de développement, doivent être pris en compte lorsque les parties prenantes mènent une réflexion critique. Considérer les conséquences des initiatives de développement du secteur spatial sous l’angle de leur nature « habilitante » ou « orientatrice » ne constitue qu’un point de vue parmi d’autres. Il s’agit d’une manière de faciliter l’évaluation critique de ces initiatives par les parties prenantes.
Alors que le secteur spatial continue de se développer à l'échelle mondiale, il est probable que les gouvernements africains se sentent poussés à s'y impliquer. À l'instar d'autres gouvernements dans d'autres régions du monde, ils mettront en place diverses initiatives destinées à stimuler le développement du secteur spatial. Les parties prenantes, qu'elles soient issues ou non du secteur public, devraient évaluer de manière critique ces initiatives avant leur mise en œuvre. À l’avenir, on se souviendra de cette période comme d’une époque où l’engagement dans le domaine spatial s’est diversifié à l’échelle mondiale, y compris en Afrique. Il appartient aux parties prenantes d’évaluer de manière critique et de déterminer comment cet engagement devrait se concrétiser à l’avenir.
Nicholas Borroz
Nicholas Borroz est consultant auprès d'entreprises du secteur spatial, gère un site Internet qui publie des entretiens avec des experts du secteur spatial et termine actuellement son doctorat en économie politique comparée à l'université d'Auckland.
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