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Perspectives

Analyse critique du développement du secteur spatial en Afrique – 1re partie

Nicholas Borroz

Les gouvernements africains seront probablement influencés par la tendance observée à l’échelle mondiale, qui voit les gouvernements intervenir de plus en plus pour développer leurs secteurs spatiaux nationaux. Ils devraient toutefois examiner attentivement leurs stratégies d’intervention avant de s’y engager. Une manière d’aborder de manière critique les initiatives de développement du secteur spatial consiste à déterminer si celles-ci « favorisent » ou « orientent » l’activité du marché. Les parties prenantes seront mieux à même d’évaluer la manière de réagir face aux initiatives de développement du secteur spatial si elles con

Les gouvernements africains seront probablement influencés par la tendance observée à l’échelle mondiale, qui voit les gouvernements intervenir de plus en plus pour développer leurs secteurs spatiaux nationaux. Ils devraient toutefois examiner attentivement leurs stratégies d’intervention avant de s’y engager. Les parties prenantes, quant à elles, devraient évaluer de manière critique les initiatives gouvernementales ; elles devraient déterminer dans quelle mesure ces initiatives s’alignent sur leurs propres objectifs, puis réagir en conséquence. Une façon d’aborder de manière critique les initiatives de développement du secteur spatial consiste à se demander si elles « favorisent » ou « orientent » l’activité du marché. Ces deux approches comportent des conséquences potentielles, tant positives que négatives. Les parties prenantes sont mieux à même d’évaluer la manière de réagir aux initiatives de développement du secteur spatial si elles examinent dans quelle mesure ces initiatives « favorisent » ou « orientent » l’activité du marché.

Vous trouverez ci-dessous la première partie d'un article en trois parties consacré à ce sujet. Lisez la deuxième partie ici et la troisième partie ici.

La pression en faveur du développement des secteurs spatiaux nationaux

Alors que le secteur spatial mondial ne cesse de se développer, de nombreux gouvernements renforcent leurs programmes spatiaux. Huit pays ont créé des agences spatiales au cours de la dernière décennie. Nous ne vivons plus dans un monde où seules quelques puissances spatiales dominent ; l'engagement dans le domaine spatial se diversifie d'un pays à l'autre.

Plusieurs raisons expliquent pourquoi les gouvernements souhaitent intervenir pour développer leur secteur spatial. Trois d’entre elles se démarquent particulièrement. Premièrement, disposer d’un programme spatial renforce le prestige national. À l’instar de l’organisation d’un événement sportif international ou de la présence d’une multinationale de renom sur son territoire, disposer d’un programme spatial confère à un pays un regain de notoriété dont les décideurs politiques peuvent tirer parti pour faire avancer d’autres objectifs.

Deuxièmement, le secteur spatial connaît une « commercialisation » rapide. Les grands noms du secteur spatial sont aujourd’hui ceux d’entreprises privées, et non plus d’agences gouvernementales. SpaceX lance des fusées, par exemple, et Planet Labs collecte des images de la Terre. Bien que ces entreprises dépendent encore de contrats publics, le secteur spatial arrive à un stade de maturité tel que ces contrats pourraient ne plus être nécessaires ; les entreprises peuvent désormais prospérer simplement en collaborant avec d’autres entreprises. Cette évolution est intéressante pour les gouvernements, car elle implique que le développement du secteur spatial mobilise moins de ressources publiques qu’auparavant.

Troisièmement, le secteur spatial repose sur diverses technologies de nouvelle génération. L’intelligence artificielle jouera un rôle plus important dans la gestion des constellations de satellites, par exemple, à mesure que les orbites deviendront de plus en plus encombrées. Des propulseurs ioniques de dernière génération sont actuellement mis au point pour aider les satellites à maintenir leur orbite. Les services liés à l’Internet des objets dépendent fondamentalement de l’espace ; ils reposent sur l’interconnectivité d’appareils dont le suivi s’effectue dans l’espace et dans le temps, ce qui est rendu possible par les satellites. Le développement d’un secteur spatial national offre donc un excellent rapport qualité-prix ; il permet en effet de développer une expertise dans des technologies qui seront essentielles dans l’économie mondiale de demain.

Pour les raisons susmentionnées et d’autres encore, les gouvernements africains seront probablement amenés à s’impliquer dans le secteur spatial. Il existe certes déjà un intérêt au niveau régional, comme en témoigne la progression (bien que souvent marquée par des blocages) vers la création d’une Agence spatiale africaine. L’Afrique du Sud est souvent citée comme particulièrement ambitieuse – notamment en raison de l’accueil du Square Kilometre Array, par exemple –, bien qu’elle ne soit qu’un des nombreux pays africains cherchant à renforcer leurs références dans le secteur spatial.

« Faciliter » ou « orienter » le développement du secteur spatial

Les gouvernements africains – comme, d’ailleurs, tous les gouvernements – devraient réfléchir mûrement avant de se lancer dans toute initiative d’envergure visant à développer leur secteur spatial. Il en va de même pour les acteurs de ces secteurs spatiaux, qu’ils relèvent ou non du secteur public. Le développement du secteur spatial présente des avantages potentiels s’il est mené à bien, mais il comporte également des conséquences négatives potentielles s’il est mal mené ; les fonds publics peuvent facilement être gaspillés dans des projets mal conçus.

Il existe deux approches possibles pour le développement du secteur spatial qui, par souci de simplicité, peuvent être qualifiées de « facilitatrice » et d’« orientatrice ». La première approche vise à supprimer les obstacles à l’activité économique, à soutenir les entreprises disposant de plans d’affaires solides et à les aider à affiner davantage leurs stratégies. Il s’agit là d’une approche typiquement « libérale » de l’intervention. La seconde approche vise à favoriser les domaines d’activité souhaités, à soutenir les entreprises déjà présentes dans ces domaines et à leur offrir des incitations financières pour développer ces secteurs. Il s’agit d’une approche typiquement étatiste, dans laquelle les pouvoirs publics interviennent pour orienter le comportement des entreprises.

La Nouvelle-Zélande et l’Australie, qui ont chacune récemment créé une agence spatiale, incarnent l’approche dite « facilitatrice ». Cela ne signifie pas pour autant qu’il n’existe aucune différence entre elles : l’agence spatiale australienne s’efforce davantage d’orienter l’activité des entreprises que l’agence spatiale néo-zélandaise, par exemple en proposant davantage d’incitations financières dans des domaines d’activité clés. Cela dit, l’objectif général de ces deux approches d’intervention est de favoriser la réussite des entreprises compétitives. Les deux agences allègent les contraintes administratives liées à l’exercice d’une activité dans ce secteur, et les entreprises qu’elles soutiennent disposent d’une grande autonomie dans le choix de leurs plans d’affaires.

La Corée du Sud et Taïwan, en revanche, incarnent l’approche dite « de pilotage ». Ces deux pays disposent de programmes spatiaux de longue date dans lesquels les agences gouvernementales donnent la priorité à certains domaines d’activité. Ces agences décident des domaines à développer – les satellites ou les lanceurs, par exemple – puis confient à des entreprises la fourniture de composants. L’un des objectifs à long terme de ces deux programmes est de passer de la sous-traitance auprès d’entreprises étrangères à celle auprès d’entreprises nationales, en utilisant la première pour permettre des transferts de savoir-faire qui faciliteront ensuite la seconde. Il existe des différences entre la Corée du Sud et Taïwan : la Corée du Sud, par exemple, semble plus disposée à confier des contrats à des entreprises nationales qui ne disposent pas encore de l’expertise nécessaire, comme c’est le cas pour le conglomérat développant des moteurs de fusée pour un lanceur construit par l’État. Cela dit, l’orientation générale est similaire : le gouvernement choisit ce qui doit être fait, puis encourage l’activité économique qui y est liée.

Nicholas Borroz

Nicholas Borroz est consultant auprès d'entreprises du secteur spatial, gère un site web qui publie des entretiens avec des experts du secteur spatial et termine actuellement son doctorat en économie politique comparée à l'université d'Auckland.

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